Vous avez dit choc culturel?

Maintenant que j’ai dépassé les trois ans en Italie, je peux partager mon point de vue sur le graphique des phases de l’expatriation. Si vous n’êtes pas familiers avec cette analyse (que je n’ai évidemment pas inventée), je m’en vais de ce pas vous la résumer en quelques points.

Attention, dessin:

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  • Phase 1: le rêve et le doute : de l’annonce de l’expatriation aux premiers jours/semaines sur place

Entre l’annonce du départ et l’arrivée sur place, on se sent probablement tous un peu bipolaire, passant sans cesse de l’excitation du départ (« j’ai toujours révé de partir vivre à l’étranger, marre de Paris, envie d’exotisme, … »), au doute (« non mais pourquoi je fais ça? Tous mes amis sont en France, mon boulot est génial, je viens d’avoir une promotion, et puis à Rome il va faire trop chaud, je ne supporterais pas la ville…« ) et au stress (« je ne parle pas italien, je ne comprends pas comment marche la Sécu en France donc en Italie je vais probablement mourir d’un rhume au bout de six mois, je ne réussirai jamais à me faire des amis« ).

Au niveau émotionnel, c’est proche des montagnes russes, D’ailleurs, la semaine précédent le départ, alors que je m' »effaçais » de ma vie française, que je quittais mon appartement, fermant les portes derrière moi, j’ai ressenti un vertige pareil à la la sensation que l’on a dans un grand huit juste avant d’attaquer une pente. Le matin du départ pour l’aéroport, un vol de deux heures que j’avais déjà fait plusieurs fois, j’ai cru vomir dans le taxi tant le malaise était intense.

Pourtant, une fois les portes de l’aéroport de Fiumicino traversées, je me suis jetée dans les rencontres sociales, les musées et les aperitivi. Je vivais dans un rêve éveillé, j’avais transformé mes doutes en action. Rome au premier abord répond tellement au cahier des charges qu’il est parfois difficile de réaliser que l’on est dans la réalité. Les pins maritimes, l’odeur du sud, les cigales qui chantent, la mer à quelques kilomètres, les pizzas, les discussions imagées des italiens… La carte postale existe vraiment!

  • Phase 2: Motivation, émerveillement et découverte dans les premiers mois après l’arrivée

Le premier mois est magique. Les ennuis commencent généralement après les premières confrontations avec les transports publics, l’administration, la conduite sportive et virile des italiens au volant, les premières pluies torrentielles qui rendent la ville impraticable… J’en passe! Mais l’excitation des premiers temps est encore proche, et la nécessité d’apprendre à maitriser la langue et de s’adapter suffisent (du moins dans mon cas!) à se booster. Chaque petit évènement insolite est un émerveillement, chaque coucher de soleil un jour de beau temps est une splendeur à couper le souffle, et chaque restaurant semble être le meilleur repas de votre vie. Viva la dolce vita!

  • Phase 3: Agacement voire dépression, environ 6 mois après votre arrivée.

OK donc vu d’outre-atlantique ou d’Asie, nous, les Européens, sommes une joyeuse bande de cousins avec nos petites traditions locales rigolotes et colorées. Un allemand et un italien, au fond ce n’est pas franchement différent. Un Français et un Italien? Tout pareil. D’ailleurs, pour un peu que vous ayez fait un échange Erasmus, les différences culturelles vous semblent presque des ressemblances.

Je me rappelle que certains de mes amis parisiens m’avaient dit à cette époque qu’ils souhaitaient partir à l’étranger. Je m’empressais alors de les inviter à bien y réfléchir, et de ne pas voir l’expatriation comme un objectif « en soi », et de s’attendre à des difficultés. Tous, sans exception, m’ont répondu que par « étranger » ils entendaient « autre continent ». En somme, moi à Rome je n’étais pas à l’étranger, juste en région.

Certes. Mais le choc culturel existe bel et bien. Difficile de tout nommer, et puis chacun sa vision sur le sujet.

Personnellement, j’ai été « choqué » culturellement par, en vrac: la place des femmes dans la société, la vision désabusée voire désintéressée de la politique, le gap voire vide technologique du pays (certaines régions ne sont pas encore dotées d’Internet à haut débit, et les points wifi dans la ville sont quasiment inexistants), certaines lourdeurs administrative étranges (le squetch de l’obtention de la résidence, en autre…), l’impossible paiement par carte bancaire (oubliez carrément l’AMEX!) dans de nombreux établissements, la conduite inconsciente des italiens au volant, les indications sur la route plus mal fichues les unes que les autres (il suffit de prendre n’importe quel tunnel à Rome pour comprendre ce que je veux dire par là)…

J’en passe, j’en oublie, et surtout, j’en découvre chaque jour de ces différences, imperceptibles ou flagrantes, qui rendent fous ou émerveillent.

  • Phase 4: l’adaptation, et parfois même un « Stockholm syndrome »

Il m’aura fallu un an pour commencer à vraiment apprécier Rome, et arrêter de geindre sur tout ce qui n’était « pas comme en France ». Je ne dis pas que je suis pleinement épanouie h24, que tout est rose et que ma vie est parfaite. Les semaines passent telles une suite d’instants incroyables, dans lesquels on se rappelle combien nous sommes chanceux d’être en Italie, portés que nous sommes par un amour fou pour le pays, la culture, les habitants. Et l’instant d’après un événement imperceptible se produit et l’agacement et l’irritation voire le rejet de la culture refait surface. C’est la vie, et les expatries ont vite fait de rejeter la faute sur leur pays d’accueil.

J’essaie, parfois avec difficulté, de voir le bon côté des choses et de relativiser le reste. Les moments de bonheur que procure la vie en Italie sont tellement nombreux, et d’une telle intensité qu’ils font oublier les imperfections du quotidien.

Parfois, quand je retourne en France, je suis même atteinte d’un mal du pays d’accueil.

L’adaptation et l’apprivoisement des coutumes du pays finit donc pas opérer, et il est difficile de quitter le pays…

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6 réflexions sur “Vous avez dit choc culturel?

  1. Merci pour ce témoignage Cocotte, j’ai vécu plusieurs émotions en quelques minutes en lisant ton article, je suis dans la phase 1 (à 4 semaines du départ) et déjà tes mots sont vraiment ceux qui expliquent ce que je ressens actuellement. Alors, j’espère que je pourrais vivre le choc culturel un peu comme toi vu que c’est comme cela que je me l’imaginais… et qu’on nous le fait entendre, regarde http://www.demotivateur.fr/article-buzz/21-choses-que-personne-ne-vous-a-dit-quand-vous-tes-parti-habiter-dans-un-autre-pays-et-que-vous-aviez-une-vingtaine-d-ann-es-je-ne-peux-pas-tre-le-seul-avoir-fait-la-16–1362

    1. Partir habiter dans un pays étranger n’est jamais une expérience anodine! C’est normal d’alterner entre super excitation et moments d’angoisse avant le départ. Mais il faut se faire une liste de raisons pour lesquelles ont souhaite partir et s’y accrocher! Une fois la décision prise, pour de bonnes raisons, le reste c’est que du bonus! Bon courage pour les préparatifs! Ca va être génial! L’Italie t’attend!!!

  2. Bonjour Cocotte !
    J’en suis à la phase 3 semble-t-il, et je dois dire que ton dessin exprime parfaitement la situation 🙂 Cela fait presque 6 mois que je suis à Rome et même si je trouve cet endroit à bien des égards magique, charmant, et tout et tout, en ce moment je ne vois que le négatif, notamment la place des femmes et dernièrement ma difficulté à m’intégrer, à rencontrer des gens. Ils sont sympathiques les italiens, pas de doute, mais il est difficile d’être vraiment proche d’eux. Non ?
    Haha, ou alors le problème vient de moi ! 😉

    En tout cas merci de me faire rire avec tes posts et tes belles photos, et j’espère atteindre rapidement la phase 4 !!

    Des bises de la Piazza di Spagna

    1. Bon courage, la phase 3 peut durer plus ou moins longtemps. Mais si les points négatifs que tu vois se limitent à la place des femmes et à la solitude je suis sure que tu vas arriver à la phase 4 très bientôt. Personnellement je ne supportais pas les dysfonctionnements chroniques, les salaires ridiculement bas, la place des femmes ET des jeunes dans le monde du travail, les lenteurs et complexités administratives, les transports en communs, le manque de respect général et l’individualisme qui font que la société Italienne semble aller droit dans le mur (fraude fiscale, dégradations publics, conduite au volant …). Je vomissais les graffitis sur le rez-de-chaussée de TOUS les édifices de TOUTES les villes italiennes, la bêtise des automobilistes, et j’en passe.

      Mais tu apprendras entre la phase 3 et 4 que ces défauts que tu exècre ont aussi à l’origine de qualités que tu finiras par aimer au point de ne plus pouvoir t’en passer.

      La place de la femme dans la société? Oui, je suis d’accord avec toi. Mais ne trouves-tu pas agréable que le respect général des hommes envers les femmes soit bien plus agréable qu’en France; Personnellement ne pas craindre de me faire emm***** à tous les coins de rue juste parce que c’est « une journée de la jupe » je trouve que ça n’a pas de prix. Et puis les femmes sont les maitresses de maison indiscutables. Un pouvoir non négligeable finalement.

      Les Italiens sympathiques mais finalement difficiles d’accès? Mais tellement! Cela fait presque 5 ans que je vis aussi, et dire que je n’ai pas d’amis italiens serait exagéré, mais il est vrai qu’il est difficile d’accéder à leur cercle privé. Ils sont tellement chaleureux que tu te sens vite à l’aise, mais ce n’est pas pour autant qu’ils vont t’inviter à prendre un verre. J’ai des collègues que j’appelle souvent et avec qui je m’entends vraiment super bien; on dit qu’on est amies, mais on ne se voit jamais en dehors du boulot…

      Cela dit lorsque tu réussis à être vraiment ami avec un Italien c’est pour la vie. Ils sont fantastiques; drôles, généreux. Le sens du mot amitié pour eux est vraiment fort, et ils feraient n’importe quoi pour un ami, un vrai. Si tu te fais des ami(e)s Italien(ne)s prends en soin! Tu ne le regretteras pas!!!

      Bref, courage Fred, et n’hésite pas à fréquenter des Français pour « vider ton sac » dans la langue de Molière. Ca aide beaucoup!!!

  3. Très vrai!!!
    Nous sommes partis habiter à Tahiti et cela fait presque 2 ans que nous y sommes. Ton graphique s’est parfaitement appliqué à notre cas!
    j’ajouterais quelques précisions locales:
    Si, pendant ta phase de déprime, tu as le malheur d’en parler à ta famille ou tes amis restés en métropole, tu restes incompris. Et surtout, tu n’as pas le droit d’être malheureux à Tahiti. Ce n’est pas possible! tout le monde aimerait être à ta place.
    Et ça augmente la déprime par un sentiment de culpabilité mal placé. Je ne suis pas normal. C’est vrai que j’ai tout pour être heureux…
    Bref.
    Maintenant, nous habitons dans une résidence extraordinaire et nous sommes heureux.

    Autre question qui nous a beaucoup agacés dans la première année:
    « Vous vous êtes fait des amis? »
    heuuuu oui. Mais en fait non. Des connaissances surement, mais des amis… baht non. Je suis asociale? :-)))

    1. Tres vrai Rodolphe! Difficile de parler avec ceux restés en France, sauf ceux peut être qui n’imaginent pas vivre ailleurs (et ils sont nombreux !) et sur les amis… Ca prend du temps et il est difficile de se faire des « amis »… Cela dit là aussi avec le temps les connaissances deviennent parfois des amis! On se le souhaite en tout cas!

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