Le dilemme de l’actualité

L’arrivée de Matteo Renzi au pouvoir en cette fin février 2014 est un moment clé dans ma vie d’expatriée en Italie. Non pas que je sois une fervente admiratrice de l’homme, ou bien que la vie politique italienne me passionne. Non, l’événement qui vient de se produire est plus profond et anodin: je connais Matteo Renzi! Pas personnellement non, mais j’ai suivi son ascension politique depuis le début (ou presque), depuis les primaires du PD fin 2012. Ça a l’air bête mais croyez-moi: dans un contexte de si grande instabilité politique, et alors que le pays subit là le troisième remaniement ministériel depuis fin 2011, il est très difficile pour un étranger de comprendre quoique ce soit à a politique Italienne, et l’ombre de Berlusconi se faisait jusqu’ici encore bien trop présente pour ouvrir le débat.

Le sourire narquois, Matteo Renzi peut être fier: à 39 ans, il est le plus jeune premier ministre italien après avoir viré à coup de pieds son prédécesseur Enrico Letta

Le dilemme de l’actualité pour les expatriés

Cet événement, accompagné d’une prise de conscience pour moi de ma connaissance des politiques italiens, des partis et des enjeux du pays, a ré-ouvert un thème cher à mon cœur: le dilemme de l’actualité pour les expatriés, ou comment réussir à suivre l’actualité politique et économique du pays d’accueil en même temps que celle de son pays d’origine (ou du reste du monde), sans passer 5 heures par jours sur les sites d’actualités? Selon moi, connaitre et comprendre les systèmes politiques et socio-économiques du pays d’accueil est primordial: vivre dans un pays sans en connaitre l’histoire ou les codes serait passer à coté de la partie la plus intéressante de l’expatriation, et rendrait toute l’expérience une triste perte de temps. A l’inverse, comment ne pas perdre de vue l’actualité de son propre pays lorsque l’on vit pour une période plus ou moins longue à l’étranger?

Méthode 1: l’intégration totale, ou la méthode du mouton

Entre intégration et oubli, comment trouver le juste équilibre? En 2005, alors que je vivais en Amérique Latine pour une période de 6 mois, j’ai commis une erreur de jeunesse: je me suis passionnée pour mon pays d’accueil, à tel point que je ne lisais que les journaux locaux et nationaux, ce qui me permettait aussi d’apprendre l’espagnol et de comprendre le pays. A l’époque, internet n’était pas encore présent sur nos téléphones ou dans les rues, et le peu de temps (chronométré) que je passais dans les cafés internet était entièrement dédié à donner des nouvelles à mes proches. Et donner des nouvelles à ses proches, avant 2007 et l’apparition de Facebook, cela consistait à écrire de longs mails ou chatter sur Msn Messenger. Oui, souvenez-vous. La lecture des journaux français passait donc après le reste, et le fossé ne tarda pas à se creuser.

Jusqu’à ce qu’une copine vivant à l’étranger au même moment que moi n’envoie un mail paniqué pour avoir des nouvelles sur la situation en France. Nous sommes en Novembre 2005, et ses collègues américains s’inquiètent de la Civil War in France. Guerre civile? En France? Mais de quoi parle-t-on exactement? Ma di che c**** stiamo parlando? What is the F***? Oui, la civil war, souvenez-vous:

Pour moi, ça a été comme une décharge électrique: comment ai-je pu m’intéresser à mon pays d’accueil au point d’en oublier carrément mon propre pays? Sans compter les difficultés rencontrées pour récupérer mon retard sur les événements, pour tenter de comprendre ce qu’il se passait exactement (un couvre feu, sérieusement???). Dès lors, je prête une attention toute particulière à l’actualité en France, quelque soit le pays dans lequel je me trouve. D’autant que les internets ont rendu cette tache bien plus facile.

Méthode 2: le rejet, ou la technique de l’autruche

Facile, oui, mais jusqu’à quel point? En Italie à l’inverse, mon comportement vis-à-vis de l’actualité nationale a été proche du rejet: trop compliquée, sites internets au design peu alléchant, désintérêt des italiens eux-même pour la politique, instabilité, crise économique, Bunga Bunga Berlusconien et j’en passe… Les premières années, je l’avoue, je ne me suis guère attardée sur les sites de la Repubblica ou du Corriere della Serra pour suivre la vie politique et économique du pays. Mes amis et collègues me l’ont d’ailleurs reproché, y voyant un mépris pour le pays dans lequel je vivais et travaillais. A raison. Même au bout de deux ans en Italie, lorsque les débats entre collègues viraient sur la politique (ou le foot, ma grande passion), je vivais de grands moments de solitudes..

J’ai donc lentement rattrapé mon retard, tâtonnant sur les sites pour comprendre les événements de la crise de la fiducia qui porta Berlusconi à la démission fin 2011, ou encore les primaires du PD fin 2012 pour les élections, les élections elles-même début 2013, Beppe Grillo et le mouvement des 5 stelle, Bersani, le retour de Berlusconi, les débats infinis sur la taxe d’habitation (l’IMU), tout ça… Un travail de longue haleine et un effort surhumain pour me coltiner les titres à tendance « tabloids » des journaux Italiens.

Trouver le juste équilibre, mieux gérer son temps (et faire de la technologie une alliée)

Au final, le problème récurrent, dans un cas comme dans un autre, est celui du temps. Comment faire pour concilier la lecture des journaux français, italiens ou anglais sans y passer la moitié de la journée, tout en travaillant, et en ayant une vie sociale de wonderwoman accomplie? Voici mon top 3 des applications et conseils pour s’organiser:

  • Flipboard, ou tout autre application qui centralise et met joliment en forme vos flux RSS. Depuis que j’ai acheté l’Ipad c’est devenu un must: l’application vous permet de feuilleter les meilleurs flux de manière concise et avec un design agréable.
  • La radio: OK ça parait idiot, mais ne pas zapper systématiquement les infos de 8h30 sur RDS dans votre voiture le matin vous permettra de connaitre la substantifique moelle des infos du jour!
  • Facebook: honnêtement, nous passons beaucoup trop de temps sur les réseaux sociaux à épier les faits et gestes de nos amis du collège. Pourquoi ne pas utiliser ce temps pour suivre les actualités de France et d’ailleurs? Je me suis abonnée aux pages Facebook des journaux qui me plaisent, et si ça me pourrit bien mon fil d’actualité d’innombrable liens vers des articles, c’est un des meilleurs moyens pour être toujours dans le coup!

Sérieusement, avec la technologie, plus personne n’a d’excuses. Et vous, comment faites vous pour rester actualisés? D’autres idées pour suivre les actualités en 5 langues efficacement?

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6 réflexions sur “Le dilemme de l’actualité

  1. …et en plus tu passes du temps à écrire ton blog et à lire celui des autres 😉 De mon côté, il m’arrive d’apprendre ce qui se passe en Belgique en regardant les news françaises (la honte !) mais la politique belge est aussi très complexe.

    1. Oui, le blog en plus, ça finit par faire beaucoup!!! En effet, la politique Belge et Italienne, même combat!!! Mais je crois que ça vaut le coup de s’y intéresser, parfois ça aide à comprendre la culture, non?

      1. oui tu as raison..je fais de mon mieux avec les Belges. Eux mêmes s’intéressent beaucoup à la politique française…c’est un peu surréaliste de les voir débattre sur Hollande, Dieudonné etc

    1. C’est sur, de fait lorsque l’on est moins intéressé directement par ce qui se passe chez nous, on perd largement l’envie de regarder les infos. Mais je me dis que c’est important de garder un contact avec la France. S’expatrier, ce n’est pas s’exiler. C’est important aussi lorsque l’on rentre « au bercail », ça permet de ne pas perdre totalement le contact avec nos proches. Parler de l’actualité, échanger sur la politique, les thématiques sociales, pour un français c’est primordial, ça fait partie de la culture.

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