1,6 million de Français à l’étranger (et moi, et moi, et moi)

Plus d’1,6 million de Français sont expatriés, selon les derniers chiffres de France Diplomatie, soit 2,4% de la population française. Au 31 Décembre 2013, l’Italie reste dans le top 10 des pays « préférés » des expatriés Français, avec 46.896 français expatriés. La lecture de ces chiffres la semaine dernière m’a rendue curieuse de savoir où se trouvent les Français à l’étranger, et pourquoi telle ou telle destination.

Après quelques analyses, on découvre que les effets de la crise se font sentir dans les Etats Méditerranéens, tels que l’Espagne, l’Italie ou l’Israel où le nombre d’expat’ français diminue, et on note sans surprise une forte augmentation de Français en Suisse (+3%), toujours en tête du classement avec un total de 163.000 Français, mais surtout en Amérique du Nord, de nouveau l’Eldorado: les Français se sont toujours plus nombreux à s’expatrier vers les Etats-Unis (+3,5%) et le Canada (+5,9%).

Les expatriés français s’installent surtout en occident : la carte de leur répartition (Source: passion dataviz, Cliquez pour voir l’original)

Mais pourquoi s’expatrie-t-on, et comment choisit-on la destination? Si les Français de l’étranger sont souvent fustigés par la métropole, la plupart d’entre eux se fendent bien la poire quand on les traite d’exilés fiscaux. Qui sont ces téméraires qui osent braver le danger? Qui sont ces traîtres qui quittent le bateau pour aller voir ailleurs?

Le jeune, ce grand fou qui rêve d’ailleurs

La raison de l’expatriation chez les français de moins de 35 ans? Klapish, Ubifrance et la fureur de vivre. La génération des années 80 a grandi en même temps que la création des programmes d’échanges universitaires financés par l’Europe, les fameux « Erasmus ». Créé en 1987-88, le programme européen Erasmus a permis aux étudiants d’études supérieures de partir à l’étranger (6 mois en moyenne) depuis presque 30 ans. En 2002, 15 ans après sa création, la barre du million de jeunes ayant bénéficié du programme est enfin franchie. La même année sort le film au micro budget « l’Auberge Espagnole » de Cédric Klapisch, qui connu un énorme succès en salles, en France mais pas seulement. Seulement 5 ans plus tard, en 2007-08, le programme Erasmus franchit la barre des 2 millions d’étudiants, et 10 ans plus tard, en 2012-13 ce sont déjà 3 millions de bourses distribuées. Difficile d’attribuer ce succès à la belle gueule de Romain Duris, mais il est clair que ma génération a été profondément marquée. Moi en tout cas, j’ai une vision complètement différente de l’Europe ou des frontières de celle de mes parents.

Le problème avec les séjours à l’étranger c’est que l’on y prend gout. L’aventure, le dé-niaisement, les rencontres et les fous rires provoqués par l’incompréhension quotidienne des us et coutumes du pays rendent souvent le retour en France gris et sans saveur. Pour prolonger l’aventure, les jeunes diplômés choisissent parfois de postuler à un Volontariat International en Entreprise (V.I.E.). Créés en l’an 2000, les VIE ont déjà attiré plus de 40.000 jeunes partis à l’étranger se faire les dents.

Un jour comme un autre pour le jeune expat’

Sans compter tous ceux qui partent, lassés de ne pas trouver de boulot en France, lassés d’un système trop élitiste, lassés d’être délaissés. D’après une étude sociologique chez les 18-25 ans, les nouvelles générations qui entreront sur le marché du travail sont plus que pessimistes quant à leur avenir en France. Ils seraient 24% à affirmer que « dès que je peux, je me barre ».

Et les autres?

L’ambitieux et le vieux méchant exilé fiscal

Aaaah le mythe de l’exil fiscal. Il y en a surement beaucoup, mais les expatriés que je connais vivent à l’étranger parce que leur entreprise le leur a demandé (plus ou moins gentiment). Personnellement, je ne connais aucun expatrié français qui soit parti, une valise de billets de banque sous le bras, se la couler douce et regarder de loin les Français payer leurs impôts en riant.

En revanche, je connais tout un tas d’expat’ qui sont là pour bosser, et qui certes sont payés un peu mieux qu’en France, mais cela est en partie justifié par les petits embêtements quotidiens que vous apporte la vie à l’étranger. Problème n°1: communiquer avec autrui.

« Aìe woulde laìke euh pizza wizz euh botteul ove raide waìne, plizz, Tink ìou. »

Enfin ça, c’est quand le Français veut bien daigner faire l’effort, hein. J’en vois tellement qui se pointent dans les restos sans même tenter de parler anglais ou italien…

Et l’amour dans tout ça?

Oui parce qu’on parle des jeunes et/ou des ambitieux, mais les autres? En fait une bonne partie des expatriés le sont par amour. Pour suivre le conjoint, tout simplement. Selon l’étude HSBC Expat Explorer 2013, 33% des expatriés mondiaux sont dans cette catégorie.

Et vous savez quoi? Moi aussi, j’en fais partie… (roaaaah je vous vois derrière votre écran, vous vous êtes ramolli(e)s et vous avez versé une petite larme! Arrêtez ça tout de suite!). En réalité, je fais également partie des 2 premières catégories, je suis un hybride :)!

Alors, heureux?

En regardant cette carte, j’ai eu une petite pensée pour tous ces français expatriés, pour qui ce n’est pas facile tous les jours d’être loin, et d’être lost in translation en quasi continu (ça s’améliore, mais c’est plus facile en Europe qu’en Chine ou au Japon, je vous l’accorde). A ceux qui savent que s’expatrier c’est surtout sortir de sa zone de confort, et se confronter à d’autres réalités. C’est ouvrir les yeux sur soi, sur le monde et la France. A ceux enfin qui, je l’espère, véhiculent une image sympathique des Français aux quatre coins du monde. Et aux autres, je dis:

 « Allez, toi aussi, viens t’expatrier, tu verras, on est bien bien bien! »

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5 réflexions sur “1,6 million de Français à l’étranger (et moi, et moi, et moi)

  1. Je pense qu’on est bien plus nombreux que ça. Ils ne recensent que les expats inscrits à l’ambassade de France de leur pays de résidence. Beaucoup ne le sont pas, notamment dans les couples mixtes.

  2. Plutôt très juste oui, je me situerais d’ailleurs dans la première catégorie de personnes. Ceux qui creusent.
    Un peu comme un Joe Dalton qui en a marre de casser du caillou français et qui essaye de creuser un tunnel pour sortir du pays(tencier).
    Alors oui il y a la fougue de la jeunesse, l’envie de sortir la tête de son écran pour partir à l’aventure et essayer de gagner du temps en attendant que l’emploi redémarre en France. Seulement on est vite confronté à la réalité du marché, tous les jeunes veulent faire la même chose et la concurrence est rude ! Prenons l’exemple du Canada justement. Pour obtenir un VISA travail-vacances, le ministère de l’immigration Canadienne a mis en place des « sessions d’inscription » permettant aux étrangers de postuler pour l’obtention dudit VISA. Un dixième de seconde, c’est le temps qu’il faut réussir à battre au clic de souris pour accéder au serveur avant que celui-ci ne soit totalement submergé. A raison de 3 sessions par an, c’est dire à quel point les places sont chères. Pas si facile donc de se faire une place au Soleil. Mais la carte VIE reste une option très alléchante puisqu’elle permet de s’envoler réellement au bout du monde, sans problèmes de Visa, avec l’assurance d’un CDD à la sortie du Terminal et de grandes chances d’embauche de retour en France.

    1. Bienvenu LeFrero ;)! Merci pour cette analyse et ton point de vue de jeune. Et oui, trouver du travail à l’étranger n’est absolument pas plus facile qu’en France, sans compter cette histoire de PTV et autres. J’entends de plus en plus souvent parler de connaissances qui partent tenter leur chance à Montréal. J’ai d’ailleurs une amie qui m’a dit que le marché du travail était saturé à Montréal et que les Français partent de plus en plus à la conquête de l’ouest (Vancouver, ou Calgary). C’est dommage je trouve, qu’un pays comme la France soit capable de faire fuir les jeunes… Mais c’est naturel aussi, chaque période de l’histoire a connu des flux migratoires. Le ‘VIE reste très concurrentiel, mais il répond à l’envie d’aventure, c’est déjà pas mal!!!!

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