Frida Kahlo, reine du Selfie, exposée au Quirinal en 2014

Comme annoncé depuis près 3 mois sur facebook, je trépignais à l’idée d’aller voir l’exposition Frida Kahlo au musée du Quirinal. A bout de patience, et malgré la file d’attente de maboul à l’entrée (rien à voir avec une expo au grand palais mais pour Rome c’était long… 20 minutes. Gnark gnark, rire machiavélique), j’ai sauté sur l’occasion dès qu’elle s’est présentée ce week-end.

Frida Kahlo, Autoportrait au collier d’épines et de colibri, 1940 Huile sur toile montée sur panneau de fibre de bois, cm 63,5 × 49,5. Nickolas Muray Collection, Austin, University of Texas, Harry Ransom Center. © Banco de México Diego Rivera & Frida Kahlo Museums Trust, México D.F. by SIAE 2014 – (http://www.scuderiequirinale.it)

L’exposition du musée des écuries du Quirinal est composée d’un certain nombre de chef d’œuvres, dont certains issus de collections privées et présentés pour la première fois au public. L’exposition suit un parcours très chronologique et ostensiblement tourné vers les idéologies communistes et ésotériques de Frida et de ses amis, de Diego Riviera à Trotsky, an passant par notre André Breton national. Peintures, esquisses, dessins préparatoires, mais aussi de nombreuses photos ou films de Frida au travers des ages, entraînent le visiteur dans la vie trépidante de cette femme de caractère. On trouve aussi certains objets dont la pièce maîtresse vous cueille, vibrant d’émotions, juste avant la sortie: un de ses corsets en plâtre, que la frêle Frida n’a pu s’empêcher de peindre pour lui donner du sens.

Frida Kahlo, Diego dans mes pensées (1943), huile sur masonite, cm 76 × 61. The Jacques and Natasha Gelman Collection of 20th Century Mexican Art and The Vergel Foundation, Cuernavaca. © Banco de México Diego Rivera & Frida Kahlo Museums Trust, México D.F. by SIAE 2014 – (photo: http://www.scuderiequirinale.it)

En parcourant les œuvres, hypnotisée, je me faisais la réflexion que le sujet de prédilection de Kahlo est elle-même. Il faut dire que Frida avait de quoi avoir une vie intérieure riche en émotions: elle commence à peindre en 1925, après avoir subi un grave accident de bus, alors qu’elle rentrait de la faculté de Médecine. Une barre de fer lui transperce le bassin, et sa jambe droite est gravement fracturée.

Les œuvres les plus poignantes sont aussi les plus intimes. Rarement seule, elle est souvent accompagnée de son mari Diego Riviera (physiquement ou en pensée) ou de petits animaux. Mais si elle semble fixée là, sans bouger, elle est pourtant insaisissable. Son regard est toujours fuyant, même lorsqu’elle est de face. Comme si elle regardait au-delà, qu’elle voyait quelque chose derrière vous. Ou peut-être est-elle seulement perdue dans ses pensées.

Dans ses autoportraits, elle se montre tantôt désabusée ou triste (notamment après les séparations avec Diego Riviera et les fausses couches), tantôt orgueilleuse et fière (comme dans l’autoportrait ci-dessous, alors qu’elle est professeur à l’université et véritable star pour un petit groupe d’étudiants, qu’elle représente comme de petits singes).

Frida Kahlo, Autoportrait avec des singes (1943) Huile sur toile, cm 81,5 × 63. The Jacques and Natasha Gelman Collection of 20th Century Mexican Art and The Vergel Foundation, Cuernavaca. © Banco de México Diego Rivera & Frida Kahlo Museums Trust, México D.F. by SIAE 2014 – (photo: http://www.scuderiequirinale.it)

Alors que l’on voit fleurir dans toute la presse des articles alarmants sur la pratique abusive du Selfie – c’est-à-dire le fait de prendre soi-même une photo de soi-même (mais surtout de la poster sur les réseaux sociaux dans la seconde), je me disais que finalement, cette pratique est vieille comme le monde. L’œuvre de Frida Kahlo est d’ailleurs composée pour moitié d’autoportraits. La reine du selfie. Une serial selfi-euse!

En cherchant sur internet, je me suis rendue compte que je n’étais pas la seule à être arrivée à cette conclusion simpliste:  le selfie est le nouvel autoportrait. Et Frida est visiblement chef de file proclamée par les internets:

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De là à conclure que la profusion de selfies sur facebook et instagram est une nouvelle forme artistique, je pense qu’il y a débat. Pour le côté « artistique » du selfie, on repassera. Le regard unique de l’artiste s’est transformé en un regard commun, celui du même objectif iPhone que le milliard d’autres concitoyens propriétaires d’un smartphone.

Mais peut-être que ce sont autant de témoins de notre civilisation, tels que: « #jesuissupermaquilléejesorscesoir »  à « #hangovertoday (l’homo sapiens du XXIème siècle était sujet à des addictions aux stupéfiants et à l’alcool, avec une obsession de l’apparence), en passant par « #ootd » (aka Outfit of the day, car l’homo sapiens de 2014 aime partager avec le monde entier les détails infinis de sa garde robe).

Comme Frida quoi:

#ootd #robedevelours                                     (Frida Kahlo, autorportrait à la robe de velours (1926))

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2 réflexions sur “Frida Kahlo, reine du Selfie, exposée au Quirinal en 2014

    1. Diego était probablement un peintre plus intellectuel et engagé. Frida était plus tribale, plus intense. Son esthétique parle probablement beaucoup aux femmes de manière générale. C’est comme si une connexion directe avec elle était possible, comme si son œuvre se branchait directement sur nos cerveaux et notre colonne vertébrale!

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