C’est comment, la vie à Rome?

Une des questions que je reçois le plus souvent de la part de mes amis ou lecteurs est un sujet qui me surprend autant qu’il vous passionne: C’est comment, la vie à Rome? 

Bizarrement, la question intéresse surtout les Italiens du Nord ou les Français expatriés à Milan ou Turin. Il faut dire que la capitale a mauvaise réputation: une ville chaotique, sale, et des habitants au sang chaud. C’est difficile de répondre sans s’agacer car j’adore ma vie en Italie, et au travers de cette question: « mais comment tu fais pour vivre à Rome?« , je ressens toute l’arrogance de l’Italie du Nord envers l’Italie du Sud.

La réponse est évidemment très personnelle, et chaque expat’ ayant vécu à Rome a probablement une réponse bien différente de la mienne. Cela dit, j’ai eu la chance de vivre dans plusieurs quartiers, du Sud de la Garbatella au centre ville. Pour une Française, j’ai une vision d’ensemble assez unique.

Les plus: la dolce vita sous toutes ses coutures

Le soleil. La moyenne de l’ensoleillement est bien plus élevée à Rome que dans d’autres villes. Lorsque je vivais en France, je n’avais pas conscience de l’importance de l’ensoleillement sur la vie en général. C’est limite si j’avais pas un amour étrange pour la pluie. Wikipédia nous informe que l’ensoleillement moyen sur 1871-2010 à Rome était de 2.473 heures par an (soit en gros 56% du temps si on ne compte que les heures de jour), contre 1.662 à Paris (soit seulement 38% du temps). On parle donc de quasiment une double dose de Juvamine pour les Romains.  Je ne sais pas si le bonheur ressenti est directement corrélé à la quantité de soleil, mais clairement déjeuner en terrasse presque toute l’année, ça change la vie. Je suis arrivée à Rome terrorisée par le soleil, avec mes crèmes Bioderma indice 50+++, en mode râleuse dès qu’il faisait plus de 20 degrés et que je n’arrivais pas à dormir la nuit. Mais je suis une femme nouvelle aujourd’hui: j’accueille les premières chaleurs à bras ouverts telle une grande prêtresse du soleil, et je suis totalement obsédée par le temps qu’il fait, comme une petite vieille, une vraie droguée: si je n’ai pas ma dose quotidienne de soleil je deviens aigrie. C’est dit!

L’art de vivre. Les Romains ont une approche de l’art de vivre qui va à l’essentiel. La recherche du bon produit, du bon restaurant, de la belle plage. La vie à Rome m’a appris à choisir avec soins les restaurants que je fréquente, moins pour leur design comme le ferait un milanais ou un parisien, mais plus pour la qualité des produits. En fait le Romain est un hipster tu vois, un bon vivant qui veut du vrai bon produit, un peu raw. J’ai développé une relation privilégiée avec mes commerçants et mes restaurateurs fétiches, plutôt que de courir le dernier endroit à la mode. En réalité c’est une qualité italienne plus que romaine, mais ça reste très présent ici.

Les romains. Considérés comme un peu beauf’, pas très raffinés, ils sont pourtant chaleureux, animés, gouailleurs, et très drôles! J’aime leur humour, les écouter se plaindre (choisissez la mention: du maire, du premier ministre, des touristes, de la pluie et du beau temps). Leur langage imagé et populaire, ponctué de « Aoooo« , « Mannàggia« , « ammazza« , et j’en passe, continue de me faire mourir de rire. Pas plus tard qu’hier, j’entendais dans la rue le gérant d’un restaurant saluer une dame du quartier (au physique pas franchement Monica Belluci) « ciao bella« , et elle de lui répondre « ciao ciccio » (comprenez « salut mon gros »). Tranquille, à l’ancienne! Avec eux mon coté provincial ne se sent pas dépaysé, et je n’ai jamais peur d’être mal habillée ou de porter une jupe trop courte. Le harcèlement de rue ici n’existe pas, et les « ciao bella, complimenti » appréciatifs sont lancés comme un compliment, pas une agression.

Les moins: le chaos

Le bordel. On ne va pas se mentir, Rome est bordélique, comme moi. Je laisse traîner mes affaires par terre, Rome aussi: les rues sont plus ou moins jonchées de détritus. Je fais des trous dans mes chaussettes et je mets un peu de temps (genre 6 mois) avant les recoudre. Rome aussi, les chaussées sont défoncées et de véritables trous se créent, que la mairie met des mois à réparer. Je sors de chez moi à 9 heures pour arriver au bureau à 9 heures sachant que j’ai une demie heure de route? Rome aussi, et on se fait tous joyeusement 40 minutes de bouchons tous les matins et tous les soirs, et on râle aime ça! Je déteste tellement tourner pour trouver une place de parking que parfois je laisserais bien ma caisse là où elle est. Rome le fait, et c’est comme ça que les voitures se garent en deuxième voire troisième file, ou carrément au milieu de la route. Alors oui quand on débarque de Paris ça crispe très légèrement. Et puis on s’y fait, on prend le pli, on ne fait plus attention.

L’immobilisme. Rome est immuable. Elle ne bouge pas. Elle est telle un pachyderme qui se fait dorer la pilule au soleil jusqu’à ce que sa peau craquelle et s’émiette. Elle se gave, ronfle et grogne parce que son dos commence à la faire souffrir, mais elle fait l’autruche. Parce qu’elle préfère avoir l’air vieille et fripée plutôt que de perdre son spot au soleil, ses privilèges et ses habitudes. Ses petits crèvent de froid parce qu’elle a pris la meilleure place et qu’il n’y a pas assez de soleil pour tout le monde, mais qu’à cela ne tienne, elle, elle est bien. Au top la vieille. C’est ce qui fait sa beauté pourtant, cette capacité à figer le temps, à ressembler comme deux gouttes d’eau à la Rome de la Dolce Vita ou de Vacances Romaines des années 60. Mais sa lourdeur l’étouffe, et parfois, franchement, j’aimerais vraiment qu’elle se bouge.

L’individualisme et la mafia. Les romains se mettront en 4 pour aider un ami, un membre de leur famille, mais pour ce qui est de la vie en société, c’est chacun pour soi. Sur la route, au travail, dans la ville. On jette tranquillement ses déchets par terre, de toute façon les autres le font aussi. On paie pas trop ses impôts, les transports en communs, de toute façon personne ne paie. Et la ville hérite de plusieurs années de corruption des politiques locaux, qui avaient signés de nombreux contrats avec des prestataires mafieux pour la gestion des ordures, des transports, des contrats publics en général. Le nouveau maire a tenté d’enrayer en ne renouvelant pas leurs contrats, et le résultat est catastrophique. C’est l’affaire de la Mafia Capitale qui secoue  la ville depuis 2 ans. Les rues sont jonchées d’ordures, les transports enchaînent les grèves ou les mouvements de révolte (les chauffeurs de bus ou métro arrêtent leur service avant le terminus, font exprès de rouler lentement, éteignent la clim’…), les chaussées sont bourrées de nids de poule… Un joyeux bordel.

Ma technique: adopter la philosophie locale et devenir un ‘sticazziste.

Pour vivre à Rome, il faut faire corps avec la philosophie locale, et être un peu adepte de courants comme l' »Éloge de la lenteur« . Rappelons que les italiens ont inventé le concept de la Slow food, pour dire si la philosophie de la lenteur est toute italienne! Quand on arrive de Paris, on est complètement légèrement dégénéré. On court, on stresse, on panique, on râle, on s’agace. Rome se fout totalement de la vitesse. Pour vivre à Rome, il faut accepter que vous n’arriverez peut-ètre pas à l’heure à votre rendez-vous, que le bus ne passera peut-être pas, qu’il y aura peut-être des bouchons tellement improbables que vous mettrez deux heures pour aller au boulot ce matin. Il faut accepter que personne ne respecte les règles et que si vous  ne faites pas attention on vous prendra votre place dans les files d’attente, on vous doublera par la droite. Il faut prendre la vie du coté positif. Il y a un trou dans la chaussée? ‘Sti cazzi, tu peux juste contourner y a pas mort d’homme! Les camions poubelles ne sont pas passés depuis des lustres? Au moins on dort la nuit. Ton tram est pas passé? Va prendre un café en attendant, et puis appelle ta maman ça lui fera plaisir!

Tu vois, la vie en mode ‘sti cazzi c’est super sympa. C’est un peu comme dire chaque fois que t’as un problème: « viens on s’en fout on va à la plage« . Certes, ça fait pas avancer le monde mais ça fait passer la pilule.

Alors, convaincus?

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23 réflexions sur “C’est comment, la vie à Rome?

  1. Bien écrit, très imagé, amusant (à la romaine 😊) et bien résumé l’impasse et les causes de la déliquescence des pouvoirs publics romains et de ses conséquences sur la mauvaise gestion des espaces publics, des transports en commun et des déchets ménagers, depuis « Mafia Capitale ». Rome est à présent administrativement sous la tutelle d’un préfet (dans le sens italien) du gouvernement. Pas très d’accord quand il est dit que les Romains se fichent à la limite de cette situation. Le très grand succès de mouvements et d’actions citoyennes tels Roma fa schifo, Riprendiamoci Roma ou Retakeroma prouvent à suffisance le contraire. De même, le taux de participation, en Italie, aux élections est en moyenne plus élevé qu’en France. Ça me fait penser que l’Italie a la chance de posséder un système de référendums populaires, assez fréquents, sur des thématiques très diverses (de la relativement futile ou locale à des plus générales et fondamentales) . Un des derniers, en 2011 je crois, fut notamment la sortie du nucléaire, en opposition avec les mesures allant dans le sens inverse que venait de prendre Berlusconi. Ce n’est pas très connu à l’étranger et il s’agit pourtant de dispositions démocratiques dont très peu de pays au monde disposent (Suisse bien sûr, Californie) et, à ce titre, mérite d’être mentionné.

    1. Oui, le dernier référendum portait (entre autres sujets) sur l’abandon du nucléaire, et c’est vrai que les italiens votent, même si leur système est tellement compliqué que les résultats sont parfois surprenants (rappelle toi les résultats des dernières élections et les difficultés de Bersani à former un gouvernent…). Pour ce qui est de l’intérêt des Romains à faire que Rome change, il n’est pas inexistant. Mais il se réveille souvent quand « ça ne marche pas » et moins présent le reste du temps. Roma fa schifo, puisque tu le cites, dénonce autant le manque ou la mauvaise gestion de la ville, que l’incivilité de ses habitants…. Certains romains ne s’en fichent pas, cela me semble clair, et les récents événements enflamme l’opinion! Affaire à suivre 😉

  2. C’est marrant je suis marseillaise et quand j’ai lu ton article j’ai trouvé pleins de ressemblances avec marseille.
    Je ne suis allée qu’une fois à rome et j’ai adoré cette ville je m’y suis sentie bien. Une vraie ville méditerranéenne ! On aime ou on déteste !

  3. Je me suis baladée sur le blog mais celui-ci je ne l’avais pas encore lu et il m’a bien fait rire. Je ne connais pas Rome, ni l’Italie d’ailleurs mais je dis OUI au soleil et OUI à la ‘Sti Cazzi’… on fonctionne un peu comme ça à la Réunion : « doucement le matin et pas trop vite le soir » ;)!! J’adhère complétement.

  4. Tellement vrai !
    J’ai eu la chance d’y vivre et je compte m’installer pour de bon, entre autre pour les raisons que tu as évoquées dans l’article 🙂
    Beaucoup d’italiens m’ont demandé si ce n’était pas trop dur de vivre à Rome. Dur ? Mais c’est la plus belle ville du monde. Une capitale avec une atmosphère de village.
    Le chaos fait partie de la ville et de son charme, il agace et en même temps il attendri.
    100% d’accord sur tout, c’est exactement le ressenti que j’ai eu. L’individualisme OMG mais tellement c’est hallucinant.
    J’adhère entièrement à la philosophie de vie Sti Cazzi, de toutes façons tu ne peux pas survivre dans cette ville si tu ne l’adoptes pas ! Et maintenant je n’arrive plus à supporter la vie parisienne trop « ordonnée », sérieuse, stressée.
    Merci pour cet article 🙂

  5. Nous revenons d’un séjour à Rome. Ce blog nous a beaucoup aidé : objectif, réaliste et plein d’humour. Au passage, j’ai acheté deux paires de chaussures chez Alex Shoes (conseillé par le blog) : commerçant charmant et tarif raisonnables au vu de la qualité. Le commerçant nous a même fait un prix en plus des promos !
    Vraiment top ce blog !

  6. Ciao ciao un article qui me fait chaud au cœur … j’ai le souvenir de la joie de vivre des gens, et même d’un couple charmant qui valsait en marchant dans la rue, (‘sorriso acceso)… et les jupes courtes … Rome a tous les ingrédients pour se dépayser … et puis quand on est amoureux du cinéma italien des années 70 comme je le suis, on reste sur notre beau nuage dans le paysage romain ! un emozione per sempre …
    Ciao bella !
    Claudio (italia per sempre.)

  7. merveilleux de vérité cet article !Je vis en italie depuis trois ans, et j’ai vécu à Rome deux ans, et je suis à présent à une heure et demi. Rome : j’aime et si j’osais dire j’aime tout ! j’aime ses grèves insupportables, son organisation à se frapper la tête par terre, ses interminables bouchons et ces trains qui ne s’arrêtent pas à gare alors qu’on vous a juré l’inverse et que c’est du reste écrit. … Mais hélas, quand tu as une famille, des enfants, et que tu ne veux pas les mettre à l’école française ( chère et sans intérêt réel pour apprendre la langue ..), quand tu as une entreprise, tu es obligé de faire comme les italiens : partir ! oui, bien sur, tu peux t’adapter à tout, mais à un moment tu dois te demander : et mes enfants? l’école privée : trois enfants 1700 euros par mois, et ils jouaient à la balle à l’école ( en classe et pendant les cours). L’école publique : gratuite mais concrètement : les profs absents, l’absence de récréation faute de surveillants, l’absence de papier toilette faute de moyen, l’absence de chauffage faute de moyen ( et oui, c’est du vécu). les profs qui doivent acheter leurs stylos eux même. parlons de l’hôpital ou non n’en parlons pas….

    oui, Rome est une ville super, si t’es étudiant, célibataire, ou avec des enfants et que tu as le statut d’expatrié, que tu as une boite qui te paye et que tu n’a pas besoin de créer une activité sur place parce que là, en terme de fiscalité, tu vas le sentir passé.

    Alors, Dieu sait si j’aime Rome, et je l’aime tellement qu’on a créé une app de visites spirituelles des magnifiques basiliques romaines, mais … quand on aime, parfois il faut partir.

    Je ne regrette rien de mon expérience et je pars avec raison, là où mon coeur restera à jamais illuminé du précieux soleil romain !

    Snif !

    Merci pour cet article en tout cas

    Fabrice

    1. Merci beaucoup Fabrice de partager ton vécu! C’est vrai: je n’ai pas d’enfants et je n’ai pas encore le plaisir de connaître le système scolaire italien. Je comprends que l’on quitte Rome et je suis triste pour toi ! Dur de quitter une ville qu’on aime! Bon courage !

  8. ‘Sti cazzi, je voudrais abandonner Paris pour retrouver la dolce vita romaine, nos virées shopping et autres soirées pleines de rires et de cocktails !! Bel article bourré de vérité ! Baci !

  9. Magnifique article ! Nous nous préparons à aller vivre là bas et cherchons des informations sur les logements, tu y habites toujours ?

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