Monti est-il encore hipster?

Monti, Rome. Un dédale de ruelles colorées pavées de San Pietrini, jonchées de petites boutiques de mode, de bars à vin et d’ateliers d’artisans. Un village au sein de la cité éternelle.

Dans la Rome antique, le quartier était appelé Suburra (du latin sub-urbe, littéralement autour de la cité). Un quartier pauvre et populeux, véritable coupe-gorge où l’on risquait de croiser tous les malfrats de la ville, et centre névralgique de la prostitution organisée.

En réalité, l’ambiance Suburra est restée tenace jusqu’à la moitié du 20ème siècle (certains de mes amis disent qu’il y a une quinzaine d’années, Monti était encore un quartier de gare, mal famé, repère des junkies et des prostituées).

Mais les dernières années, le quartier a subi une forte gentrification, et plus récemment encore,  une certaine « hipsterisation ».  Nos amis les hipster venaient faire du shopping dans les nombreuses friperies vintage de la rue des Serpenti, chez American Vintage, ou dans les nombreuses boutiques de fringues du quartier. En 2009 ouvrait d’ailleurs le dimanche le premier « Mercato Monti », que l’on appelait au départ avec  mes copines le « petit marché du vintage » et qui exposait les artisans du quartier ou de la région, les fripes vintage, quelques marques de fringue londoniennes et du bazar.

Les restaurants et bars à vin du quartier oscillaient entre trattorie historiques et restauration slow food / km 0 dernier cri. Accoudés au bar ou directement sur le trottoir un verre et une cigarette à la main, les habitants du quartier saluaient les artisans ou restaurateurs par leur prénom, et tout faisait penser à un petit village de campagne à deux pas du Colisée et de la Station Termini. Alors qu’à 500 mètres les fori imperiali grouillaient de touristes, le village gaulois Monti s’en fichait, faisait de la résistance, comme si de rien n’était, tournant résolument le dos à la Via Cavour, boulevard Saint Mich’ sur le retour.

Et puis voilà, quelque chose a changé. Aussi imperceptiblement que surement, les hipster bobos ont vu le quartier céder, peu à peu, a la tentation du mass market, le tourisme de masse, la restauration rapide de bas niveau, ce que certains appellent une « trasteverisation » (ouille ça pique comme insulte).

Monti, c’est fini?

Les premiers temps, j’ai fait mine de ne rien voir. Je passais devant les sandwicheries infâmes sans y prêter attention, je me disais que l’ouverture d’un nombre irraisonné de kebabs et autres minimarkets était un signe de vitalité du quartier, je me félicitais de l’ouverture de nouveaux restaurants « chic fast food » via Urbana. Le tartare « mojito » et les huîtres de l’Octopus valaient clairement le détour, même si d’autres essais étaient moins concluants.

Et puis l’Urbana 47, un de mes restaurants favoris, a fait un relooking fin 2016, et avec lui se sont envolés le Km 0, l’authenticité et la qualité des produits… Une réouverture en grand, très grand, trop grand. Le nombre de couverts a plus que doublé, au détriment, au moins un peu selon moi, de la qualité. Le menu ne fait désormais plus mention au « label » Km 0 s’il en est un. L’Urbana 47 reste un endroit très agréable pour une soirée entre amis à Monti, au design léché, mais cela ne correspond plus vraiment à ce que j’aimais… Moins intime, les portraits en noir et blanc accrochés au mur des agriculteurs de la région qui fournissaient le restaurant ont disparu, bref, je suis un peu déçue.


Au même moment, la Crostaceria a fait son relooking pour devenir Bistrot Crostaceria, et se sont alors évaporés les « crudi » de crustacés, le tartare aux fruits exotiques, la catalane de homard, bref, le restaurant de poisson de standing. Certes, si vous cherchez un restau de poisson et crustacés pas prise de tète et de bon rapport qualité prix, l’endroit reste une des meilleures propositions de la ville (avec le Fish Market de Trastevere selon moi), mais ce n’est plus pareil.

Même le « mercatino monti » est devenu une sorte d’institution « hipstourisme », et dieu sait que le comble du hipster, c’est de rentrer dans le mass market. Suffit-il d’avoir une barbe et des lunettes à écailles pour se définir hipster? Est-ce qu’un hipster qui fait dans le marché artisanal à touriste est un hipster ou un méchant capitaliste?  Certes, une petite promenade au Mercato Monti est toujours divertissante, et j’ai moi même craqué récemment pour un objet de décoration assez poétique, mais l’esprit originel s’est un peu perdu selon moi.


Heureusement, la résistance existe, et certains endroits restent fidèles au poste et ne cèdent pas à la tentation du profit à tout prix. Non, Monti c’est pas fini, mais on n’est pas à l’abri de voir le quartier « perdre » son charme un peu plus chaque année.

Notre génération (les millenials?) rêvent d’un retour aux sources, de plus de qualité, d’équité et d’authenticité. Et malgré la gentrification et la trasteverisation de Monti je continue d’y passer le plus clair de mes soirées. Mais je rêve d’un monde où le développement est équitable et qualitatif. Je sais que l’Italie en est capable: rien de plus populaire que la cuisine italienne, et surtout romaine! Pas besoin d’être millionnaire pour apprécier une coda alla vacinara ou une pizza. L’espoir fait vivre, non?

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2 réflexions sur “Monti est-il encore hipster?

  1. coucou 🙂 je suis ravie d’avoir découvert ton blog. je suis actuellement a paris (étrangère de loin) et je rêve d’apprendre l’italien. Je me suis donc enfin organisée un drôle de séjour toute seule avec les cours d’italien tous les jours. je débarque a rome le 31 mars dans le quartier Monti hihihi. ce sera mon premier voyage a rome! j’ai hate
    nina

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